Notre démarche : éducative et expérientielle, l’ADVP

Notre démarche : éducative et expérientielle, l’ADVP 2017-04-05T15:08:07+00:00

Parlons ADVP au PATIO Formation, un entretien avec Catherine CAILLET et Patrick LECOURSONNAIS, formateurs ADVP.

Notre démarche : éducative et expérientielle, l’ADVP

par Marie-Claude MOUILLET, Co-fondatrice du PATIO

L’ADVP et la démarche éducative expérientielle : un peu d’histoire

L’ADVP (Activation du Développement Vocationnel et Personnel) est un modèle québécois d’intervention en éducation aux choix de carrière. Formalisé pour un public scolaire au début des années 70 par Denis Pelletier, Gérard Noiseux et Charles Bujold, il a été importé en France d’abord par l’association Trouver créer, via le programme d’éducation des choix de carrière (EDC) destiné aux élèves des collèges. Dans les mêmes années, notre économie est confrontée à d’importantes vagues de licenciements. Du fait, entre autres, des progrès technologiques, des milliers de salariés perdent leur emploi et parfois leur métier.

L’idée « d’un emploi pour la vie » s’éteint. La question de l’orientation s’impose donc pour les adultes, sans qu’aucun organisme n’en ait jusque là officiellement la charge.
Quelques années après sa création, l’ANPE, tout naturellement, se voit confier cette question de l’orientation. Entre autres experts et intervenants, Denis Pelletier, co­concepteur de l’ADVP, à l’époque professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’université Laval à Québec, est invité en France pour former un certain nombre de conseillers professionnels de l’ANPE (dont Marie-Claude Mouillet, co-fondatrice du Patio). L’ADVP est rapidement utilisée car elle se distingue des méthodes existantes : au-delà d’une réponse ponctuelle, elle offre aux demandeurs d’emploi la possibilité de penser eux-mêmes leur avenir professionnel dans un monde économique traversé par de profondes mutations, dont l’on a du mal à anticiper les besoins.

Forts de ces apports, les conseillers de l’ANPE diversifient leurs pratiques et enrichissent les prestations d’orientation à destination des adultes. Avec la montée du chômage, ces prestations sont ensuite confiées à des prestataires extérieurs qui se forment pour les assurer. Avec ces expériences et la publication des premiers ouvrages pratiques à destination des adultes (notamment L’orientation éducative des adultes de Sylvie Boursier en 1989, Chemin Faisant-ADVP fondements théoriques et exercices pratiques de Marie-Claude Mouillet et Claude Colin en 1997), la démarche éducative expérientielle fait tache d’huile.

Au fil des ans et des expériences, l’ADVP évolue et s’enrichit.

Sur un plan théorique, les travaux de la psychodynamique du travail viennent éclairer la question du rapport au travail et étoffer les fondements théoriques de l’approche. Elle s’adapte aux problématiques émergentes et à différents types de public et de prestations. Chaque année, sur les fondements de la pédagogie expérientielle, de nouveaux outils sont créés et publiés, notamment aux Editions Qui plus est (www.editionsquiplusest.com) avec Parlimage, Chemin Faisant 2-ADVP Emploi et entreprise, Le Projet sans la plume, L’explorama, la collection des Guides Qui plus est, etc….

L’ADVP touche aujourd’hui un large public de professionnels qui travaillent dans des structures d’éducation et/ou d’insertion : conseillers, formateurs, enseignants, éducateurs, assistants sociaux, psychologues, coachs, encadrants techniques, etc. L’ADVP touche aussi les personnels des collectivités locales, des centres de bilan, des services Ressources Humaines ou des services formation d’entreprises de tous secteurs d’activités.

La démarche éducative expérientielle est préconisée dans de nombreux cahiers des charges. Le rapport de la Cour des Comptes du 20 janvier 2016 préconise de s’inspirer de l’ADVP et du cahier des charges du Conseil en Evolution Professionnelle (CEP) pour l’insertion des jeunes. Le cahier des charges du CEP recommande d’éviter les méthodes prescriptives et de favoriser l’autonomie, suggérant par la même l’utilisation de ce type de démarche éducative expérientielle.

L’ADVP : une méthode ?

Nous entendons souvent dire « L’ADVP, c’est une méthode », « c’est quatre phases« ,  comme si l’on ne retenait de l’ADVP que le processus de résolution de problèmes, présenté comme une sorte d’entonnoir, en quatre étapes : explorer (découvrir), cristalliser (comprendre), spécifier (hiérarchiser, choisir), réaliser (agir). Ceci est en partie juste. Cependant, si l’on en reste là, on passe à côté de l’essentiel : tout ce qui fait le sens et les finalités de l’approche, à savoir les postulats qui la sous-tendent, la pédagogie expérientielle fondée sur les principes de développement, la philosophie de l’existence, la pensée humaniste, les travaux de la psychodynamique du travail, la réflexion sur la posture et les attitudes du professionnel.

Certes, les quatre étapes proposées par l’ADVP sont des repères importants dans la démarche ; elles permettent au professionnel de structurer son accompagnement. Rappelons qu’avant d’être des étapes facilitant la résolution d’un problème, elles sont aussi des tâches que l’on retrouvera maintes fois à chaque étape du processus. Leur récurrence dans ce processus fait qu’elles activent ou réactivent des types de pensée, mobilisent et développent des compétences à faire des choix.

Au-delà de la méthode, de ses étapes, des tâches et des compétences qu’elle mobilise, l’ADVP s’inscrit dans une démarche éducative qui accorde une place capitale à  l’expérience et à la pédagogie expérientielle. Elle se réfère aux travaux de Piaget1,  Wallon2,  Vygotski3  et à la philosophie de l’existence, pour qui l’individu n’est pas prédéterminé, mais se définit et se construit par l’action, ceci en relation avec son environnement. Elle postule que l’individu est capable de s’autodéterminer et de trouver lui-même, pour lui-même, en lui-même, les réponses à ses questions, pour peu qu’il soit accompagné dans cette réflexion. Elle situe le travail, non pas seulement comme un moyen de gagner sa vie, mais comme un moyen de se produire soi-même, comme un prolongement de son identité et comme une source de développement identitaire.

L’ADVP, une démarche comportementaliste ?

Démentons au passage cette autre idée reçue selon laquelle l’ADVP serait  « comportementaliste ». A aucun moment, avec cette démarche, il ne s’agit de dicter le « bon comportement », de répondre à des normes. Pour s’inscrire dans une démarche éducative, il importe de croire que le développement est possible, que l’intelligence se construit, que la pensée est productive, transformatrice, mobile, créative. Au-delà de l’acquisition de compétences à faire des choix, l’ADVP utilise cet espace qu’est la réflexion sur le projet pour  »activer » la construction de soi, développer sa personnalité et son rapport au monde.

L’action et l’expérience facilitent les apprentissages. Une connaissance significative, c’est à dire qui diversifie et enrichit les façons de penser, qui transforme les représentations et la vision du monde, et par conséquent, les attitudes, résulte davantage d’une expérience personnelle que de conseils ou d’informations (aussi pertinents soient-ils) transmis de l’extérieur. La pédagogie expérientielle utilisée propose un engagement personnel. La personne toute entière s’implique, prend des initiatives, s’expose, se découvre. Mais personne d’autre qu’elle ne peut rendre compte de son expérience. En faisant les choses, elle comprend, donne du sens et l’intègre. Cela génère des changements (sans que ceux-ci soient guidés par l’extérieur) dans ses attitudes, sa manière de voir, sa personnalité. Avec les activités qui lui sont proposées, la personne s’autorise, petit à petit, à se reconnaître telle qu’elle est. Elle prend conscience d’un soi en évolution. En ce sens, l’ADVP est une invitation à s’inventer.

L’ADVP : une démarche développementale exigeante sur un plan pédagogique

L’art d’introduire une dimension expérientielle dans tout accompagnement ne relève pas de l’improvisation. Ne confondons pas pédagogie expérientielle et pédagogie « occupationnelle ». Dans une perspective développementale, le professionnel se doit de respecter les trois principes de base essentiels au progrès et au développement de l’individu (parfois oubliés dans l’approche) : faire vivre des expériences, aider à traiter et à donner un sens à ces expériences, faciliter l’intégration de ce sens.

Le développement est en effet vu comme une démarche dans laquelle l’individu explicite son expérience dans le but de se connaître, comprendre, intégrer et réaliser ses désirs, ses aspirations, ses valeurs, de telle sorte que sa vie ait du sens et qu’elle exprime son identité. Le développement n’a qu’une finalité : permettre au sujet d’être profondément qui il est. Pour « activer » ce développement, il ne s’agit pas d’occuper la personne ; l’expérience proposée par le professionnel doit présenter quelque intérêt, quelque signification pour l’individu, même si cet attrait n’est que sous-jacent, latent, susceptible de n’être dénoué que plus tard par l’action engagée. La probabilité que l’expérience contribue à réduire l’incertitude dans laquelle se trouve le sujet, qu’elle annonce un effet bienfaisant pour lui, fait accepter la situation. Une relation sujet-accompagnateur bien établie, sur une base de réciprocité et de transparence aide à cela.

Etre centré sur la personne

Être centré sur la personne  exige du professionnel qu’il adapte, à tout moment, à chaque personne, à chaque groupe, les mises en situation qu’il va proposer. Ce qui suppose d’être à  l’écoute, réactif, précis sur les travaux choisis, directif sur la manière de les proposer, puis empathique, respectueux lorsqu’il s’agit de leur traitement et de leur intégration (cf. La relation d’aide selon Carl Rogers4).

C’est dans le respect de ces fondamentaux de la démarche éducative expérientielle qu’ont été construits les parcours de certification du PATIO Formation. Il s’agit en effet, dans les premiers niveaux de ces parcours, de vivre et d’expérimenter pour soi la pédagogie et ses outils, en toute tranquillité, de manière à bien comprendre cette démarche et ses effets. L’ADVP ne s’enseigne pas ; c’est un processus à vivre. Puis dans les deuxièmes niveaux de chaque parcours, dans un cadre sécurisant, il est question de faire, d’utiliser, de s’entraîner face à des pairs, afin de gagner en aisance, en sécurité et en compétences. Le troisième niveau permet d’acquérir créativité et souplesse dans l’utilisation, quel que soit le contexte.

L’ADVP, pour quels publics ?

Il arrive, parce qu’on a expérimenté et utilisé l’ADVP avec un public spécifique, qu’on finisse par penser que l’ADVP est réservé à ce dernier. Or, si l’on fait la somme de toutes les expériences menées, l’on démontre que l’ADVP est  »tout public ». Et pour cause : quels que soient son origine sociale, son histoire, son niveau de formation, son contexte social et familial, toute personne peut bénéficier d’une démarche éducative expérientielle. C’est au professionnel que reviendra la responsabilité d’adapter les activités qu’il utilisera.

Un éventail d’outils très large

Aujourd’hui, l’éventail des outils est suffisamment large pour affirmer que l’ADVP n’est pas réservée à un « public » particulier ; d’autant plus que la démarche s’accommode mal du mot « public ». En effet, avec la démarche éducative expérientielle, chaque personne est considérée comme un être  singulier, qui sait quelles sont ses principales difficultés, dans quelle direction il lui faut travailler. Elle saura ensuite assumer la responsabilité de ses décisions, quel que soit son niveau de qualification.

L’ADVP, pour quels professionnels ?

Faut-il être psychologue pour utiliser l’ADVP ? Les querelles d’experts traversent ce courant de l’orientation. Qui peut faire quoi, avec quel diplôme, quelle formation ? Hormis les outils publiés, la démarche éducative expérientielle et l’ADVP n’appartiennent à personne. Point n’est besoin d’un « label » pour l’utiliser. Il revient au professionnel et à ses employeurs de juger s’il en est capable.

Quelques repères pour utiliser l’ADVP

La démarche éducative demande avant tout estime de soi, confiance en soi par rapport à l’expérience de l’autre, confiance dans les capacités de l’autre à trouver lui-même ses propres réponses et à se développer. Être en sécurité avec soi-même, croire en ses propres expériences, se respecter dans ce qu’on veut être et faire en tant que professionnel, avoir la foi dans la démarche choisie, être expert pour soi comme on est en droit de l’attendre des personnes accompagnées. Par ailleurs, le conseiller sera d’autant plus disponible à l’autre qu’il sera rassuré sur le plan de ses connaissances et de sa pratique, non pas sur les métiers et le marché du travail, mais davantage sur le plan de la relation humaine. Car, quand l’on pratique une pédagogie active, expérientielle, nous sommes bien dans le champ des sciences humaines, du développement de la personne, de la psychologie, des compétences relationnelles. Mais pas pour autant dans celui de la thérapie ! Même si la dimension psychique intervient dans la construction d’un projet professionnel, elle ne fait pas l’objet d’un travail en soi.

Tout ceci suppose que l’accompagnateur, qu’il soit ou non psychologue, ait réfléchi à son positionnement en tant que sujet, mais aussi en tant qu’accompagnateur, en tant que salarié, et en tant que citoyen face à la demande sociale. Et ce n’est pas la lecture d’un ouvrage aussi pertinent soit-il, ni une formation à un « outil » qui peut le lui apporter, mais davantage une vigilance constante, des échanges et analyses de pratiques, une expérimentation pour soi, des remises en question, une supervision. En ce sens suivre des modules de formation qui s’inscrivent eux-mêmes dans la même démarche, comme c’est le cas au PATIO Formation, est précieux. La formation offre un espace sécurisant qui permet d’expérimenter, de se remettre en question, d’échanger avec des pairs et d’élargir le champ des réponses possibles.

Pour un développement de l’ADVP et de la démarche éducative expérientielle

« L’ADVP, c’est magique ». Cette remarque est souvent faite par des praticiens convaincus. Effectivement, quand tous les ingrédients cités ci-dessus sont présents, le modèle fonctionne, apportant alors beaucoup de plaisir et de satisfaction tant aux professionnels qu’aux personnes accompagnées. Mais pour autant, ce n’est pas magique, c’est tout simplement  »pro ».

Accompagner une personne est en effet, en soi, un acte professionnel complexe. L’intervenant apprend à vivre avec le sentiment que des aspects lui échappent, que d’autres aspects, inconnus jusque-là peuvent surgir. La complexité des univers personnels et professionnels, leur mutation et leur imprévisibilité renforcent l’idée selon laquelle il faut aider les individus à ne plus penser leur choix professionnel comme ponctuel, unique, définitif. Ainsi, comme le propose l’ADVP, si le projet, l’intention que chacun a pour sa propre personne est sous-tendu par une réflexion, par une mise à plat des aspirations, des valeurs, des centres d’intérêt, par le repérage de points d’ancrage, de stabilité, la personne sera davantage en position d’ouverture sur les événements, et non pas dans un « entonnoir ». Si, en outre, elle a appris à lire son environnement, à l’analyser, à échanger, si elle a développé estime de soi et pouvoir personnel, elle sera moins surprise, moins fragile aux ruptures, aux changements qui ne manqueront pas de se produire. Cela lui permettra de tirer le maximum de chaque rencontre, de repérer ce qui peut la satisfaire, de voir les opportunités et de décider rapidement.

Alors quand tout bouge autour de soi, quand tout est susceptible de changer, de se transformer, quand on ne maîtrise que très peu de paramètres, ne vaut-il pas mieux un processus dans lequel action et réflexion sont intimement mêlées, qui laisse la place aux événements inattendus et aux opportunités, plutôt que des réponses, aussi pertinentes soient-elles, soigneusement mises au point par des experts en la matière, pour un environnement qui serait connu avec précision et imaginé comme immuable ?

L’orientation et l’insertion ne sont pas non plus une série d’actions à enchaîner dans un ordre  délibéré,  une route à suivre. Il nous semble plus prudent et plus efficace de permettre à la personne de tracer son chemin, pas à pas, chemin faisant. Le travail sur le projet est un ajustement en continu, basé aussi bien sur les affects et l’intuition que sur le raisonnement. Seule une démarche éducative expérientielle, telle que l’ADVP, peut faciliter cela.

C’est pourquoi l’ADVP, dans toutes ses dimensions, est plus que jamais d’actualité,  d’autant plus que le combat pour le respect de l’individu, de sa liberté de choisir, de s’engager, de parler en son nom, de s’autodéterminer, de gérer son devenir risque fort de nous mobiliser encore des siècles durant …

 

 

1 – Jean Piaget (1896-1980), psychologue, biologiste, logicien et épistémologue suisse connu pour ses travaux en psychologie du développement et en épistémologie avec ce qu’il a appelé l’épistémologie génétique.

2- Henri Wallon (1879-1962), philosophe, psychologue, neuropsychiatre français, a organisé ses observations en présentant le développement de la personnalité de l’enfant comme une succession de stades, et articulé au cœur d’un modèle dialectique des notions telles que l’émotion, les attitudes et les liens  à  l’autre.

3 – Lev Vygotski (1896-1934), psychologue russe découvert hors de l’URSS dans les années 1960, a introduit la notion du développement intellectuel de l’enfant comme une fonction des groupes humains plutôt que comme un processus individuel et élabora une théorie historico-culturelle du psychisme.

4- Carl Rogers (1902-1987), psychologue américain dont l’approche centrée sur la personne (ACP) a mis l’accent sur la qualité de la relation entre le thérapeute et le patient (écoute empathique, congruence, considération positive inconditionnelle).